Le 1er septembre, la Réforme de la Facturation Électronique est passée du calendrier réglementaire à la réalité des entreprises.
Depuis, les premiers flux circulent, les plateformes sont sollicitées, les ERP traitent de nouvelles données, les équipes comptables et financières découvrent de nouveaux cas de figure.
Et surtout, les premiers écarts entre le fonctionnement attendu et la réalité commencent à apparaître.
Alors, un mois après le passage, que peut-on réellement retenir ?
Il serait trop tôt pour parler de bilan définitif.
Mais il est désormais possible de dresser un premier état des lieux, avec ses chiffres, ses premiers enseignements… et ses points de vigilance.
Le 1er septembre c’est le début d’une nouvelle phase.
Après des mois de préparation, de paramétrage et de tests, les entreprises ont commencé à travailler avec le dispositif dans des conditions réelles.
En phase de test, on vérifie qu’un scénario fonctionne.
En production, on rencontre aussi :
Passer en production ne signifie pas que le dispositif est immédiatement stabilisé. Comme pour toute transformation de cette ampleur, il faut désormais laisser au système, aux outils et surtout aux organisations le temps de trouver leur rythme.
Après un mois de fonctionnement, les chiffres disponibles permettent de mesurer l’ampleur du démarrage, tout en donnant une première idée des difficultés rencontrées sur le terrain.
Dès la première semaine, les volumes étaient déjà significatifs : plus de 2,5 millions de flux ont été traités entre le 1er et le 7 septembre, avec un pic d’environ 700 000 flux sur la seule journée du 3 septembre. Sur cette même période, 47% des grandes entreprises avaient déjà émis leur première facture électronique.
Ces chiffres montrent une chose : la réforme est bien entrée dans sa phase de production et les infrastructures sont désormais confrontées à des volumes réels et significatifs à traiter.
Mais ils doivent être interprétés avec prudence.
Le mois de septembre correspond à une phase de montée en charge. Toutes les entreprises soumises à l’obligation d’émission ne sont pas encore au même niveau de préparation, et le périmètre actuel reste différent de celui que nous connaîtrons à partir de septembre 2027, lorsque les PME, TPE et micro-entreprises entreront à leur tour dans l’obligation d’émettre leurs factures électroniques.
Surtout, les premiers retours montrent que le passage en production ne se fait pas sans difficultés.
Les taux de rejet observés au cours de la première semaine ont notamment évolué de 7% à 32%, selon les données présentées par l’AIFE et la DGFiP. Un rejet ne signifie évidemment pas qu’une facture est définitivement perdue : il peut être corrigé et faire l’objet d’une nouvelle transmission. Mais ces chiffres montrent que le passage du scénario testé au fonctionnement réel fait apparaître des situations qui nécessitent encore des ajustements.
Les difficultés ne sont d’ailleurs pas uniquement techniques. Une enquête Ipsos BVA / Kolecto menée auprès de 503 dirigeants fait ressortir plusieurs points de friction au cours du mois de septembre : 21% déclarent avoir rencontré des bugs, 34% des clients ou fournisseurs insuffisamment préparés et 21% des difficultés avec leur plateforme.
Pour autant, le premier mois ne se résume pas aux difficultés rencontrées.
Le baromètre Ipsos BVA × Kolecto apporte aussi quelques signaux encourageants : 86% des entreprises interrogées déclarent déjà être en mesure de recevoir leurs factures électroniques via une plateforme quelques semaines après l’entrée en vigueur de la réforme.
Autre enseignement intéressant : plusieurs difficultés ont été moins fréquentes que ce que les entreprises avaient anticipé avant le démarrage. Les bugs ont ainsi été rencontrés par 21% des répondants, alors que 64% les redoutaient ; les difficultés d’utilisation des plateformes concernent également 21% des répondants, contre 49% qui les anticipaient ; enfin, 34% ont rencontré des clients ou fournisseurs insuffisamment préparés, contre 59% qui craignaient cette situation.
Ces premiers retours dessinent donc une réalité assez hétérogène et apportent une nuance importante au premier bilan. Les difficultés existent, parfois de manière très concrète, mais elles ne se matérialisent pas nécessairement à l’ampleur que les entreprises avaient imaginée avant le passage en production.
La réforme est entrée dans la réalité, les premières difficultés sont bien là, mais une partie des craintes initiales ne s’est pas concrétisée au niveau attendu.
Certaines entreprises ont déjà intégré le nouveau fonctionnement dans leurs processus quotidiens. D’autres doivent encore traiter des problèmes de données, de paramétrage, d’interopérabilité ou de coordination avec leurs partenaires.
Septembre constitue davantage un premier retour d’expérience grandeur nature : les dispositifs préparés et testés pendant plusieurs mois sont désormais confrontés à la diversité des situations réelles, aux cas particuliers et aux comportements de l’ensemble des acteurs de la chaîne.
C’est aussi dans ce contexte qu’il faut comprendre l’approche de tolérance et de bienveillance annoncée par l’administration jusqu’à la fin 2026 pour accompagner les entreprises qui rencontrent encore des difficultés.
L’objectif n’est pas de remettre en cause le calendrier, mais de laisser le temps nécessaire pour identifier les problèmes, ajuster les dispositifs et stabiliser progressivement les nouveaux processus.
Car passer en production le 1er septembre ne signifiait pas que chaque entreprise, chaque flux et chaque cas particulier seraient immédiatement parfaitement maîtrisés.
Le véritable enseignement de ce premier mois est peut-être là : la phase de test est terminée, mais la phase de stabilisation ne fait que commencer.
Et cette période d’apprentissage sera d’autant plus importante qu’elle doit permettre de tirer les enseignements de 2026 avant le prochain changement d’échelle, avec l’entrée des PME, TPE et micro-entreprises dans l’obligation d’émission en septembre 2027.
Sources :
Les premiers chiffres donnent une photographie du démarrage.
Mais après un mois, un autre enseignement commence à apparaître : le principal changement n’est pas uniquement dans les outils. Il est dans la manière de travailler.
Pendant la préparation de la réforme, l’essentiel des efforts a naturellement porté sur le choix des solutions, les raccordements, les paramétrages, les tests et la conformité des données.
Avec le passage en production, le sujet se déplace.
Il faut désormais faire fonctionner le nouveau dispositif au quotidien, avec des équipes qui doivent intégrer de nouveaux réflexes, des partenaires qui n’avancent pas tous au même rythme et des situations qui n’avaient pas nécessairement été rencontrées pendant les phases de test.
C’est là que le passage en production prend tout son sens.
Un projet peut être techniquement prêt sans que l’organisation soit encore totalement prête à vivre avec le nouveau processus.
Et c’est probablement l’un des premiers enseignements de ce mois de septembre.
Une réforme peut changer les outils en quelques jours.
Elle change beaucoup plus lentement les habitudes.
Pendant des années, les entreprises ont développé leurs propres façons de travailler autour de la facture :
Ces pratiques peuvent sembler anodines.
Mais lorsque le processus de facturation devient davantage structuré et automatisé, elles deviennent progressivement des points de friction.
Ce sont rarement des problèmes spectaculaires.
Mais accumulés, ils peuvent faire perdre une partie des bénéfices attendus de la réforme.
Le passage à la facturation électronique ne consiste donc pas seulement à changer la façon dont une facture circule. Il consiste aussi à changer la façon dont les équipes travaillent avec elle.
C’est un apprentissage qui ne peut pas être entièrement réalisé avant le démarrage.
Il se construit maintenant, au fil des situations réellement rencontrées.
Le deuxième enseignement concerne la qualité des données.
La réforme n’a pas créé les problèmes de référentiels, d’identification ou de qualité de données qui existaient déjà dans les entreprises.
Mais elle leur donne désormais davantage de visibilité et davantage de conséquences.
Une donnée incorrecte pouvait parfois être corrigée au passage par une intervention humaine.
Dans un environnement plus structuré et plus automatisé, cette possibilité de « rattrapage » devient moins systématique.
Autant de situations qui peuvent désormais perturber un processus qui repose davantage sur l’automatisation.
La RFE ne transforme donc pas la qualité des données en nouveau sujet. Elle transforme un sujet connu en sujet beaucoup plus visible.
C’est pourquoi les premiers mois doivent aussi être utilisés pour identifier les données qui posent réellement problème.
Pas uniquement celles que l’on pensait critiques avant le démarrage.
Mais celles que la production révèle comme réellement bloquantes ou génératrices de traitement manuel.
Cette distinction est importante.
Elle permet de passer d’une logique de préparation à une logique d’amélioration continue.
C’est probablement ici que se situe le véritable changement de phase.
Avant le 1er septembre, une question revenait souvent : « Sommes-nous prêts pour la réforme ? »
À J+30, la question devient différente : « Est-ce que notre organisation fonctionne efficacement avec la réforme ? »
Ce n’est plus tout à fait le même sujet.
Être prêt, c’était disposer d’une solution, avoir réalisé les tests, préparer les données et organiser le raccordement.
Être opérationnel, c’est désormais être capable de faire vivre le processus dans la durée.
Cela suppose notamment de savoir :
Le sujet n’est donc plus seulement la conformité.
Il devient progressivement le pilotage de l’exploitation.
Et ce changement de perspective est important pour les prochains mois.
Car une entreprise ne pourra pas considérer son projet RFE comme terminé simplement parce que les solutions sont raccordées et que les premiers flux sont passés.
La mise en production marque la fin du projet de préparation. Elle marque surtout le début du pilotage opérationnel.
C’est précisément pour cette raison que le mois écoulé est utile.
Mais pour identifier, à partir de données réelles, ce qui doit maintenant être amélioré.
À J+30, une entreprise devrait pouvoir répondre à quelques questions simples :
C’est probablement cette dernière question qui mérite le plus d’attention.
Car la valeur du premier mois ne réside pas uniquement dans les volumes traités.
Elle réside dans l’expérience accumulée.
Chaque anomalie rencontrée, chaque correction effectuée, chaque intervention manuelle et chaque difficulté avec un partenaire apporte une information sur la manière dont le dispositif fonctionne réellement.
Encore faut-il la capitaliser.
Cette phase de stabilisation prend d’autant plus d’importance que le 1er septembre 2026 n’est pas l’aboutissement du calendrier.
Le prochain changement d’échelle interviendra en septembre 2027, avec l’entrée des PME, TPE et micro-entreprises dans l’obligation d’émission.
Les entreprises disposent donc encore de plusieurs mois pour tirer les enseignements de cette première phase.
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles la période d’accompagnement et de tolérance annoncée jusqu’à la fin 2026 doit être regardée comme une période de stabilisation, et non comme une remise en cause du calendrier.
Le temps disponible doit permettre de corriger ce qui doit l’être, de fiabiliser les données, d’ajuster les processus et surtout de transformer les premiers retours du terrain en améliorations concrètes.
Car les difficultés rencontrées aujourd’hui ne sont pas nécessairement un échec du dispositif.
Elles peuvent aussi être des signaux utiles pour préparer la suite.
L’enjeu des prochains mois sera donc moins de savoir si l’on a réussi à passer le 1er septembre que de savoir ce que l’on aura appris depuis.
Les entreprises ne sont plus dans la préparation théorique : elles travaillent avec le dispositif en conditions réelles et disposent désormais de premiers retours concrets.
La qualité des données, les habitudes de travail, la préparation des partenaires, les processus internes et l’organisation des équipes prennent une place importante dans cette phase de stabilisation.
Il ne s’agit plus seulement de mettre en place la solution.
Il faut désormais l’exploiter, l’observer, l’améliorer et en tirer les enseignements.
C’est finalement peut-être le principal changement de perspective depuis le 1er septembre.
Depuis le lancement de #RFENews, nous avons beaucoup parlé de la réforme telle qu’elle devait fonctionner : son calendrier, ses obligations, ses acteurs et les transformations à préparer.
Depuis le 1er septembre, une nouvelle matière est disponible : le retour d’expérience du terrain.
Les prochains mois permettront de voir comment les entreprises vont stabiliser leurs processus, fiabiliser leurs données, faire évoluer leurs pratiques et capitaliser sur les difficultés rencontrées.
Car la réussite de la réforme ne se mesurera probablement pas au fait d’avoir été prêt le 1er septembre.
Elle se mesurera dans la capacité des entreprises à faire fonctionner durablement le nouveau modèle, à apprendre de ses premiers mois et à être prêtes pour le prochain changement d’échelle.
Le 1er septembre était une échéance. Le premier mois est un retour d’expérience. Les prochains mois seront ceux de la stabilisation.
Et c’est précisément cette réalité du terrain que nous continuerons à décrypter dans les prochaines éditions de #RFENews.
Vos questions et retours sont les bienvenus ! Merci de nous lire.
Deveho Consulting Group
Abonnez-vous à RFENews pour recevoir chaque semaine nos analyses sur la Réforme de la Facturation Électronique 👉 https://lnkd.in/dC_GcFmp