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RFE : quand la facture sort du scénario normal, qui prend le relais ?

18.09.26
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RFE : quand la facture sort du scénario normal, qui prend le relais ?

Depuis 18 jours les premiers flux circulent désormais dans les systèmes. Toutes les entreprises doivent être en capacité de recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et les ETI doivent, elles, également les émettre sous format électronique. Les plateformes agréées occupent désormais une place centrale dans ces échanges.

Mais un flux ne se résume jamais à son scénario nominal.

  • Une facture peut être correctement émise… puis rejetée.
  • Elle peut être reçue… mais ne pas être intégrée dans l’ERP.
  • Elle peut être conforme… mais rester bloquée dans un workflow.
  • Elle peut être envoyée au bon client… avec une donnée incorrecte.

Alors, quand la facture sort du scénario normal, qui prend le relais ?

Le scénario nominal n’est que la partie visible de l'iceberg

Dans un parcours idéal, le schéma paraît simple :

parcours idéal

Mais dans la réalité, chaque étape peut générer une exception.

Quelques exemples très concrets :

  • La facture est rejetée : qui identifie le motif et qui demande la correction ?
  • Le SIREN ou une donnée obligatoire est incorrect : le problème vient-il du référentiel client, de l’ERP ou de la facture ?
  • La facture est reçue par la plateforme mais n’arrive pas dans l’ERP : qui détecte la rupture ?
  • La facture est en doublon : le système la bloque-t-il automatiquement ?
  • La facture est intégrée mais reste bloquée dans le workflow : qui reçoit l’alerte ?
  • Le fournisseur conteste le rejet : qui prend en charge la résolution ?
  • La plateforme ou une interface est indisponible : quel est le processus de continuité ?

Ce sont ces situations qui vont progressivement révéler la maturité réelle des dispositifs mis en place.

Le sujet n’est donc plus seulement « recevoir une facture »

La réforme impose un nouveau cadre d’échange, avec des données structurées et des statuts de cycle de vie.

La plateforme agréée assure notamment l’émission, la transmission et la réception des factures électroniques. Mais elle ne remplace ni l’ERP, ni les processus métier, ni les contrôles internes de l’entreprise.

Une facture peut donc être correctement acheminée sans pour autant être correctement traitée.

C’est là que le rôle de l’ERP devient déterminant.

Il doit permettre de faire le lien entre le flux reçu et le processus métier :

le flux reçu et le processus métier

Et surtout, il doit permettre d’identifier rapidement lorsqu’une étape ne se déroule pas comme prévu.

  • Qui fait quoi quand ça bloque ? C’est probablement l’une des questions les plus importantes à se poser dès maintenant. Prenons un cas simple : une facture fournisseur est rejetée.
  • Qui reçoit l’information ? La comptabilité ? Les achats ? L’IT ? Le fournisseur ?
  • Qui analyse la cause ?
  • Qui corrige ?
  • Qui renvoie la facture ?
  • Qui vérifie qu’elle est finalement bien intégrée dans l’ERP ?

Sans réponse claire à ces questions, une anomalie technique peut rapidement devenir un problème opérationnel.

Et surtout, elle peut devenir un problème de trésorerie.

Une facture bloquée aujourd’hui peut devenir un paiement retardé demain.

Le nouveau risque : les factures « invisibles »

C’est probablement l’un des points à surveiller le plus attentivement.

Une facture absente est facile à identifier.

Une facture présente quelque part dans la chaîne mais bloquée entre deux systèmes est beaucoup plus difficile à détecter.

Elle peut être :

  • reçue par la plateforme mais non intégrée ;
  • intégrée mais non affectée au bon workflow ;
  • en attente de validation ;
  • rejetée sans traitement ;
  • corrigée mais jamais renvoyée ;
  • comptabilisée mais non rapprochée avec le paiement.

Le risque n’est donc plus seulement de perdre une facture.

C’est de perdre sa visibilité sur son parcours.

Et lorsque cette visibilité disparaît, la question n’est plus seulement « où est la facture ? », mais aussi :

« Qui est responsable de la faire avancer ? »

Alors, qui prend le relais quand ça bloque ?

La réponse ne peut pas être « la plateforme ».

Le relais doit être organisé entre la plateforme agréée, l’ERP et les équipes métier.

La plateforme doit permettre de savoir ce qui s’est passé et à quel endroit le flux s’est arrêté. L’ERP doit permettre de détecter qu’une facture attendue n’a pas été intégrée ou qu’elle reste bloquée dans le processus. Et les équipes métier doivent savoir qui intervient, dans quel délai et pour quelle action.

Autrement dit, une anomalie ne doit jamais simplement « tomber » dans une boîte mail ou dans un écran d’erreur.

Elle doit déclencher un processus.

Un modèle simple : détecter, qualifier, corriger, contrôler

1. Détecter

Le premier enjeu est de savoir qu’il y a un problème.

Un rejet, un refus, une facture non intégrée ou un workflow bloqué doivent être visibles. L’entreprise doit pouvoir rapprocher les différents statuts du cycle de vie avec ce qui se passe réellement dans son ERP.

2. Qualifier

Une fois l’anomalie détectée, il faut identifier son origine.

  • Est-ce une donnée fournisseur incorrecte ?
  • Un problème de référentiel ?
  • Une erreur dans la facture ?
  • Une interface indisponible ?
  • Un problème d’intégration dans l’ERP ?
  • Un blocage du workflow ?

Cette étape est essentielle : on ne peut pas confier systématiquement toutes les anomalies à l’IT.

3. Corriger

Le responsable dépend alors de la nature du problème :

  • donnée ou référentiel fournisseur → Achats / Administration des fournisseurs ;
  • erreur comptable ou facture → Comptabilité / Finance ;
  • erreur de commande ou de réception → Achats / Opérationnels ;
  • problème d’intégration ou d’interface → IT / équipe ERP ;
  • problème de transmission ou de statut → plateforme agréée / interlocuteur en charge de la solution ;
  • facture à corriger → fournisseur.

Le principe est simple : l’anomalie doit être orientée vers celui qui peut réellement la résoudre.

4. Contrôler

Et c’est probablement l’étape la plus souvent oubliée.

Corriger une anomalie ne signifie pas que le processus est terminé.

Il faut vérifier que la facture a bien repris son parcours : qu’elle est arrivée dans l’ERP, qu’elle est affectée au bon workflow, qu’elle peut être validée et qu’elle n’a pas généré de doublon.

Le véritable indicateur de résolution n’est donc pas « l’erreur a disparu ».

C’est : « La facture a repris son parcours normal et nous pouvons le démontrer. »

La responsabilité doit suivre le flux

C’est finalement la réponse à la question posée au début de cet article.

Quand la facture sort du scénario normal, ce n’est pas un acteur unique qui doit prendre le relais. C’est une chaîne de responsabilités qui doit s’activer.

Article content

Ce modèle permet surtout d’éviter un piège : penser que la supervision de la facture s’arrête une fois qu’elle a été transmise par la plateforme.

Elle ne s’arrête pas là.

La facture doit pouvoir être suivie jusqu’à son intégration, sa validation, sa comptabilisation et, à terme, son paiement.

Quels indicateurs suivre ?

La réussite de la RFE ne devrait pas être mesurée uniquement par la capacité à faire circuler les factures.

Les entreprises vont progressivement devoir suivre des indicateurs opérationnels tels que :

Flux

  • nombre de factures reçues ;
  • nombre de factures émises ;
  • factures en erreur ou rejetées.

Traitement

  • nombre de factures en attente ;
  • délai moyen de résolution d’une anomalie ;
  • nombre de factures nécessitant une intervention manuelle.

ERP

  • factures reçues mais non intégrées ;
  • factures bloquées dans un workflow ;
  • doublons détectés.

Finance

  • factures dont la validation dépasse le délai attendu ;
  • impact des anomalies sur les échéances de paiement.

L’objectif n’est pas de créer une nouvelle usine à KPI.

C’est de savoir rapidement où se trouve une facture et pourquoi elle n’avance plus.

C’est là que nous voyons un véritable enjeu de transformation

La RFE ne doit pas être abordée uniquement comme un nouveau canal de transmission des factures.

Elle oblige à regarder l’ensemble de la chaîne de traitement :

Article content

Si l’un des maillons est mal maîtrisé, le problème ne s’arrête pas à la facture électronique.

Il peut se traduire par une facture non comptabilisée, une validation retardée, une relance fournisseur ou, à terme, un paiement décalé.

La question à se poser aujourd’hui n’est donc plus uniquement : « Sommes-nous prêts à recevoir des factures électroniques ? »

Mais : « Sommes-nous capables de détecter, comprendre et résoudre rapidement une facture qui ne suit pas le parcours prévu ? »

La RFE entre dans sa phase la plus concrète

Le démarrage du 1er septembre marque une étape importante, mais l’administration elle-même parle d’une phase de montée en charge et de tolérance jusqu’à la fin 2026 pour les entreprises rencontrant des difficultés de mise en œuvre.

Cette période doit donc être utilisée pour observer les flux réels.

Pas seulement ceux qui fonctionnent.

Surtout ceux qui ne fonctionnent pas comme prévu.

Car c’est dans ces exceptions que les entreprises vont découvrir les vrais points de friction de leur dispositif : qualité des données, référentiels, interfaces, workflows, responsabilités ou supervision.

La prochaine étape de la RFE n’est donc peut-être pas d’automatiser davantage.

C’est de savoir qui prend le relais quand le scénario normal s’arrête et de s’assurer que la facture reprend effectivement son parcours.

 

Vos questions et retours sont les bienvenus ! Merci de nous lire.

Deveho Consulting Group

 

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